LE CHEMIN VERS L'ETHIQUE
Lama Jigmé Rinpoché - Stage ados avril 1999

 

Adolescente : " Si j'ai bien compris, pour être stable il faut être ouvert, mais quand on s'ouvre souvent au début, on se sent bien, puis très vite on se sent mal à l'aise, de fortes émotions s'élèvent. On passe donc par des hauts et des bas quand on crée cette ouverture en soi. Ce n'est peut-être qu'une saisie de l'esprit, mais toutefois cela se produit. Par être ouvert, j'entends se préoccuper des autres et pas seulement de soi. Pour être stable, il faut être clair. Pour être clair, il faut être attentif à ses actes et ses paroles, et aussi s'entraîner à la méditation. "

Lama Jigméla : D'accord, et lorsque vous êtes rentrés chez vous après le stage sur les six paramitas, au mois d'octobre, que s'est-il passé pour vous ?

Adolescent : J'ai essayé de développer la générosité, j'ai tenté d'être attentif aux autres et d'être plus patient.

Lama Jigméla : Quand on ne regarde pas les émotions, on ne les voit pas et pourtant elles sont actives. Sans que nous en ayons conscience, les émotions créent en nous de la confusion. Quand on se met à voir ce qui se passe à l'intérieur, on a l'impression qu'il y a plus d'émotions parce qu'on les regarde. Ce n'est pas toujours facile d'y faire face, mais peu à peu, on y arrive de mieux en mieux. Qu'est ce qui crée de l'émotion ?

Adolescente : D'être centré sur soi. On est supposé s'occuper des autres et regarder en soi. En faisant cela, on voit ses émotions, et alors on s'occupe de soi plus que des autres.

Lama Jigméla : Non seulement il faut s'occuper de soi, et c'est indispensable de le faire, mais il faut aussi s'occuper des autres. Et s'il y a un entraînement quelque part, c'est d'être présent aux deux. La grande erreur, c'est de croire qu'il faut se nier soi-même, s'oublier pour n'être présent qu'aux autres. Et là il y a quelque chose qui n'est pas juste parce que nous sommes également importants dans cette histoire.

Adolescent : La peur aussi alimente l'émotion.

Lama Jigméla : Quand on voit la peur, si l'on en cherche la cause, on va se rendre compte que c'est la pointe de l'iceberg, et qu'en dessous il y a la véritable cause de la peur. La peur n'étant que l'effet, il faut trouver ce qui la provoque. Il faut se demander quelle émotion crée la peur.
Souvent on a peur, on est insatisfait, on n'est pas content, on ne se sent pas bien. Si l'on en reste là, on demeure dans quelque chose de superficiel. C'est pourquoi il faut trouver l'émotion qui est cachée derrière le fait de ne pas aller bien. Ce peut être la saisie, l'attachement, car nous sommes tous là-dedans et c'est donc normal. Nous sommes attachés aux choses, et il faut en être conscients.
Parfois, on a peur de communiquer, de parler. Rencontrer nos peurs nous permet de voir que communiquer est pour nous une difficulté. On n'arrive pas à dire, à verbaliser et notamment des choses vraies. Ceci est dû à la peur. On se dit qu'on n'est pas capable de dire ce qu'il faut, on se sent nul.

L'orgueil:
En fait, on croit que c'est de la peur, de la timidité, mais c'est de l'orgueil. Cet orgueil nous rend faible. On a peur de perdre la face, de se tromper, de faire des erreurs, et donc on préfère ne rien dire. On croit que c'est par timidité, mais c'est parce qu'on a peur d'être imparfaits. Il faut donc ne pas avoir peur de rencontrer notre orgueil, voir qu'il s'agit de cette émotion ; voir qu'on a peur de perdre la face et de faire des erreurs. Et à ce moment-là, cela étant vu, on pourra exprimer ses idées. On a beaucoup d'idées, on a envie d'échanger, et l'on se dit que c'est nécessaire de partager avec les autres. On va pouvoir transformer ses peurs et dépasser son orgueil. Prenant conscience de la timidité, de la peur et de l'orgueil, nous verrons combien il est important de partager. Conscients de notre richesse et de celle des autres, nous nous sentons vivants. Une fois que nous avons vu qu'il n'y a pas de crainte à avoir, de danger à ce que l'ego perde la face, nous pouvons continuer d'avancer.

Quand on dit qu'il est important de s'ouvrir aux autres, de communiquer, il ne s'agit pas de s'oublier, ni de se nier, en se disant qu'on est un bon pratiquant. Il faut voir l'orgueil, et voir que nous avons en nous des ressources dans lesquelles nous pouvons puiser pour aller à la rencontre des autres. L'entraînement, la pratique, consiste à aller voir l'orgueil qui nous fait croire que nous sommes timides, et de trouver en nous les ressources qui nous permettent de nous ouvrir. Et alors, on s'occupe des autres et de soi en même temps.

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