WEEK-END ADOS : LES EMOTIONS
Au mois de mai 99, le thème du week-end ados était : " Les émotions ",
Voici quelques extraits sur " la colère ".


 

" Pendant ce week-end, nous allons parler de quatre émotions. La première d'entre elles est la colère. Faisons un jeu : si vous deviez donner une couleur à cette émotion, quelle serait-elle ? "

Les ados : " Rouge sang. Noir, violet, bleu glacé. "

" Un son ? "
Les ados : " Un sifflement horrible, un grincement, un " ârgh ", un hurlement, le big bang, une bombe, " pan ", un fusil, un coup de tonnerre, un hurlement de loup, un crissement, un cri d'une femme qu'on égorge, une chouette. "

" Une odeur ? "
Les ados : " Une fosse sceptique, la charogne, dioxyde de carbone, souffre, champignons, une plaie mal soignée, une pièce qui sent le renfermé, les toilettes, la poussière, la fumée, l'haleine de phoque, mauvaise haleine ".

" Une sensation tactile ? "
Les ados : " La douleur, rêche, dur, râpant, râpeux, des charbons ardents, rugueux, bouillonnant, des braises, un volcan en éruption, de la cire, arracher la peau, du plastique brûlé sur la peau, planche de fakir, verre cassé. "

L'enseignement du Bouddha consiste à expliquer comment faire avec les émotions. Il y a différents cas de figure : être irrité par quelque chose qui nous énerve, puis énervé par quelque chose qui nous irrite, puis être en colère, vraiment en colère, ressentir la haine liée à la tristesse. Dans tout cela, il y a la colère qui est dedans, qui s'accumule et dont on ne sait que faire. Par ailleurs, lorsqu'on est dépassé par la colère, on ne la maîtrise plus et elle sort.

Il y a une étape qui consiste à s'exercer à sentir venir la colère. Quels sont les signaux qui nous indiquent que l'émotion colère est en train de monter ? Il s'agit d'apprendre à devenir conscient de l'émotion et, tout doucement, apprendre à la voir afin de pouvoir la transformer, de sorte à en faire quelque chose plutôt que d'être dominé par elle. Une fois qu'on l'a vue, que faire ?

Un des premiers réflexes à avoir consiste à apprendre à dire les choses. C'est un des remèdes ; il en existe d'autres. Ce n'est pas seulement la situation extérieure qui est un problème, c'est aussi notre manque de patience. Il s'agit d'aller vers une acceptation des situations que nous rencontrons. Il se peut que l'autre ne change pas, que la situation n'évolue pas, qu'on n'arrive pas à se faire comprendre par l'autre. La colère est une émotion que nous utilisons pour faire changer une situation qui ne nous convient pas, elle fait partie d'un cycle. Si je me rends compte que je ne peux pas faire changer la situation, je vais ressentir de la tristesse ; il va me falloir faire le deuil de l'idée de changer la situation. C'est en cela que cette émotion fait partie d'un cycle. A un moment ou à un autre du cycle, il y aura acceptation de la situation. Cela prendra plus ou moins de temps.

Dire et accepter, voir que la cause est aussi en nous, voilà des points importants. Il y a des gens qu'on ne supporte pas. Il suffit de penser à telle personne pour qu'elle nous énerve. Nous allons nous lever un matin de meilleure humeur que d'habitude, et nous rendre compte que, face à cette personne, nous sommes moins en colère que les autres jours. Nous allons même arriver à lui dire bonjour et à la trouver presque sympathique. Donc, cela nous montre que ce ne sont pas seulement les circonstances extérieures qui sont un problème ; mon manque d'ouverture, de souplesse, d'acceptation, de chaleur participe de cette difficulté. Un autre antidote, c'est de comprendre. A savoir que la personne qui m'agresse et m'énerve génère en moi des jugements. Si l'on comprend ce que vit l'autre, notre émotion envers lui est moins importante.

Il y a la colère que je ressens et celle que je reçois. Pour arriver à comprendre, on peut aussi se demander ce qu'il y a chez l'autre qui nous énerve et qui nous renvoie à nous. De ce fait, on évite un peu plus de juger et d'enfermer l'autre. L'autre est un miroir ; une part de ce qu'il nous renvoie nous appartient. Cela ne signifie pas qu'il nous faut tout accepter. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas dire " non ". Il faut donner des limites bien sûr. Mais entre paillasson et hérisson, il faut trouver l'attitude juste. Cela signifie qu'apprendre à s'affirmer, ce n'est ni écraser l'autre, ni s'effacer totalement. Ce sont deux extrêmes : d'un côté, on ressent de la haine, de l'autre, on ressent une immense culpabilité.

S'il y a suffisamment de confiance dans la relation à l'autre, il est possible de s'exprimer comme on le sent, et si cela suppose de mettre carte sur table, on le fait. Toutefois, il est important d'être attentifs à la façon dont on dit les choses. Sous le coup de la colère, nous sommes capables d'accuser l'autre de beaucoup de choses. On dit alors " tu es ceci ", " tu es cela ", tu, tu, tu… On charge l'autre. Il s'agit de " s'engueuler intelligemment ". C'est-à-dire : " quand tu fais ceci, moi, voilà ce que je ressens. " A partir de là, l'autre entend ou non, change ou non, mais en tout cas vous dites les choses d'une façon saine et constructive. Vous êtes posés et c'est différent de l'accusation portée à l'autre sous le coup de la colère. De plus, lorsqu'on attaque, l'autre se défend, il se ferme et la communication devient alors difficile, voire impossible.

Comme nous sommes remplis d'émotions tout le temps, qu'en faire, quel sens leur donner ? Il n'est pas possible de donner du sens à tout tout le temps ; cela est fatigant. Aussi, on peut débrancher, abandonner la situation et l'émotion qu'elle suscite. Ce sont des moyens secondaires, car l'idée peu à peu est de faire face et de regarder ce qui s'élève en nous.

Il faut aussi élargir de plus en plus notre façon de faire face à l'émotion. Méditer et respirer permet de mettre de l'espace dans ce qui se passe en soi. Quand les émotions montent, on a tendance à être en apnée. Et alors, beaucoup de symptômes physiques prennent place. Il y a une phrase qu'il est utile de se dire et qui est : " ce n'est pas grave ". Tout devient parfois sérieux ; nous sommes sous pression. Alors, si l'on s'assoit et que l'on se dit " ce n'est pas grave ", cela donne de l'espace. En apprenant à respirer, on peut arriver à prendre un peu de recul, et l'on va se rendre compte que vingt secondes après les choses sont déjà différentes à l'intérieur de soi. Moins on saisit l'émotion et plus il y a de soulagement possible.

Anila Tcheuying et lama Puntso